Parfois, l'avion le plus précieux est celui qui réfute une idée. Le minuscule Northrop X-4 Bantam en est un parfait exemple : un jet conçu pour tester une théorie séduisante concernant le mur du son, et qui a volé avec suffisamment de succès pour démontrer, de manière concluante, que cette théorie était une impasse.
Et cet échec valait chaque dollar dépensé, car c'est en sachant ce qui ne fonctionne pas qu'on finit par découvrir ce qui fonctionne.
Informations clés
- Taper: Avion de recherche transsonique semi-sans queue
- Constructeur: Northrop (contrat juin 1946 ; deux exemplaires construits)
- Premier vol : 15 décembre 1948, lac asséché de Rogers, Californie
- Pouvoir: Deux petits turboréacteurs Westinghouse
- But: Test de stabilité sans queue jusqu'à environ Mach 0,9
- À la retraite: Dernier vol de la NACA le 29 septembre 1953
Une théorie tentante
À la fin des années 1940, les ingénieurs qui s'attaquaient au mur du son avaient une intuition. Les problèmes de stabilité qui apparaissaient à l'approche de Mach 1 semblaient provenir des ondes de choc interagissant entre l'aile et l'empennage horizontal. Et si l'on supprimait tout simplement l'empennage ? Un appareil épuré, sans queue, pourrait ainsi franchir la zone transsonique où les avions conventionnels se désintégraient sous l'effet des vibrations.
Northrop, déjà fervent défenseur du vol sans empennage, construisit deux petits avions à réaction à ailes en flèche pour le vérifier. Le X-4 était dépourvu de stabilisateur horizontal : le tangage et le roulis étaient assurés par des ailerons, et les volets servaient également d’aérofreins. Il était compact, épuré et doté d’une instrumentation très complète.
Images d'époque de la NACA montrant le X-4 Bantam en essais en vol à Edwards.

Le problème des marsouins
Le vol était révélateur. À mesure que le X-4 accélérait vers la vitesse du son, il développait une oscillation de tangage persistante et incontrôlable, un phénomène de “ marsouinage ” qui rendait impossible un vol précis à proximité de Mach 1. Testé par la NACA sur ce qui est aujourd'hui la base aérienne d'Edwards, de 1950 à 1953, le petit jet confirmait systématiquement ce résultat indésirable. L'absence d'empennage n'a pas permis de maîtriser la zone transsonique ; elle a empiré les choses.
Le rapport final fut sans appel, et le X-4 acquit la réputation d'être l'un des avions expérimentaux les moins performants jamais construits. Mais le terme “ échec ” est inapproprié pour un appareil de recherche qui a pleinement répondu à la question posée.
Le X-4 Bantam et l'idée qu'il visait à tester.

L'échec qui a porté ses fruits
Le X-4 n'a pas enterré définitivement l'idée d'un avion sans queue ; il a simplement prouvé que la technologie de 1950 ne permettait pas de la réaliser. Des décennies plus tard, grâce aux commandes de vol électriques informatisées effectuant des milliers de corrections infimes par seconde, le vol sans queue est devenu non seulement possible, mais idéal pour la furtivité. B-2 Spirit Il s'agit de la justification ultime du concept avec lequel le X-4 a eu du mal à progresser — obtenue grâce à une électronique dont les concepteurs du Bantam ne pouvaient que rêver.
C’est là tout le génie discret du programme X-Plane. Le X-4 Bantam semblait voué à l’échec. Il s’agissait en réalité d’un jalon, guidant les ingénieurs hors d’une impasse et, finalement, vers l’avenir.
Sources : Wikipédia (Northrop X-4 Bantam) ; NASA ; Vintage Aviation News ; Flying Magazine.
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