À l'automne 1942, le chasseur le plus étrange d'Amérique reposait sur le lit asséché d'un lac du désert de Mojave, dissimulé derrière un mensonge. Chaque fois que l'appareil était stationné en plein air, les équipes au sol boulonnaient une fausse hélice en bois sur son nez, car la machine cachée sous ce camouflage n'avait aucune hélice. C'était un avion à réaction, et les États-Unis n'étaient pas prêts à admettre son existence.
L'histoire commença l'année précédente, lorsque le major-général Henry Hap Arnold assista à une démonstration de réacteur britannique et rapporta chez lui les plans du moteur révolutionnaire de Frank Whittle. Arnold confia le groupe motopropulseur à General Electric et la cellule à Lawrence Bell, et donna au projet une désignation délibérément trompeuse pour faire croire qu'il s'agissait d'un simple prototype à piston.
FAITS RAPIDES
| Taper | Chasseur biréacteur monoplace (devenu avion d'entraînement) |
| Premier vol | 1er octobre 1942 |
| centrale électrique | 2 turboréacteurs General Electric J31 |
| vitesse maximale | 413 mph (665 km/h) |
| Nombre construit | 66 (dont 50 de production) |
| Plafond de service | 46 200 pieds |
| Destin | N'a jamais participé à des combats ; six d'entre eux sont conservés dans des musées. |
Né d'un secret britannique
Le P-59 qui en résulta était un appareil bimoteur aux lignes épurées, doté de deux turboréacteurs General Electric J31 logés sous les emplantures des ailes. Le 1er octobre 1942, Bob Stanley, pilote d'essai chez Bell, fit décoller le XP-59A du lac asséché lors d'essais de roulage à grande vitesse, et effectua le lendemain le premier vol officiel. L'Amérique entrait dans l'ère du jet.
Le problème, c'est que l'ère du jet ne donnait pas l'impression d'être si rapide. Avec une vitesse de seulement 665 km/h, l'Airacomet n'était pas plus rapide que les meilleurs chasseurs à hélices de l'époque, et sa trajectoire sinueuse à haute vitesse en faisait une mauvaise plateforme de tir. Lors d'exercices de combat aérien simulés, l'US Army Air Forces l'opposait aux P-38 Lightning et P-47 Thunderbolt, et ce sont les vieux chasseurs à pistons qui l'emportèrent.

Un entraîneur, pas un guerrier
Le verdict fut sans appel. Une commande de 100 chasseurs fut réduite de moitié, et les 50 exemplaires construits furent confiés au 412e Groupe de chasse pour former les pilotes au pilotage des avions à réaction. La Marine en testa deux et les jugea inadaptés aux opérations sur porte-avions ; la RAF en reçut un en échange d'un Gloster Meteor et fut très déçue.
Pourtant, l'Airacomet a accompli exactement ce que l'histoire attendait de lui. Il n'a jamais abattu d'avion ennemi, mais il a fourni à l'Amérique sa première génération de pilotes et de mécaniciens formés au pilotage d'avions à réaction, ouvrant la voie au Lockheed P-80 qui allait lui succéder.
Le P-59 est resté dans les mémoires non pas pour les avions qu'il a abattus, mais pour avoir été le premier. Parfois, le rôle du pionnier est simplement de prouver que la route est praticable.

Dark Skies raconte l'histoire complète de l'avion qui a discrètement inauguré l'ère du jet en Amérique :
Sources : Wikipédia ; Musée national de l’air et de l’espace ; Vintage Aviation News ; Armée de l’air américaine.




0 commentaire