Le matin du 7 août 1919, des Parisiens, près des Champs-Élysées, entendirent un moteur là où il n'aurait pas dû y en avoir. Ils levèrent les yeux et virent un chasseur Nieuport piquer vers le grand arc de Triomphe, puis, chose incroyable, se faufiler à travers son ouverture, les ailes frôlant la pierre. Aux commandes, Charles Godefroy venait de réaliser l'une des cascades les plus audacieuses de l'histoire de l'aviation.
Ce n'était pas une plaisanterie, et ce n'était pas pour de l'argent. C'était une protestation — menée à cent miles à l'heure, à travers un interstice à peine plus large que l'avion lui-même.
FAITS RAPIDES
| Cascade | Piloter un chasseur sous l'Arc de Triomphe |
| Pilote | Charles Godefroy |
| Date | 7 août 1919 |
| Aéronef | biplan de chasse Nieuport |
| L'écart | Ouverture en arc d'environ 14 m de large et 29 m de haut |
| Pourquoi | Protestation — les aviateurs ont reçu l'ordre de défiler, et non de voler, lors du défilé de la victoire |
Une insulte aux aviateurs
La Première Guerre mondiale avait fait des aviateurs des héros. Aussi, lorsque la France organisa son grand défilé de la victoire en 1919, ses pilotes s'attendaient à survoler les célébrations. Au lieu de cela, selon la légende, on leur ordonna de… mars — à pied, comme l'infanterie. Pour les hommes qui avaient combattu et péri dans les cieux du front occidental, c'était une véritable épreuve.
Les aviateurs décidèrent de répondre dans leur propre langue. L'un d'eux volerait sous l'Arc de Triomphe. Le premier volontaire, l'as Jean Navarre, fut tué à l'entraînement quelques semaines auparavant. Charles Godefroy le remplaça.
Un espace de la largeur d'un avion
Ce sont les chiffres qui rendent la chose terrifiante. L'ouverture centrale de l'arche mesure environ 14 mètres de large et 29 mètres de haut. Les ailes d'un Nieuport couvrent une grande partie de cette largeur, ne laissant quasiment aucune marge d'erreur de part et d'autre, et aucune en cas de léger balancement dans les rafales d'air canalisées entre les bâtiments. Godefroy devait s'aligner parfaitement, maintenir l'avion à l'horizontale et s'engager pleinement, car une fois à l'intérieur de l'arche, il n'y a plus de retour en arrière possible.
Il a réussi. L'avion a surgi par l'ouverture et est ressorti de l'autre côté, au-dessus des Champs-Élysées, et un caméraman au sol a filmé toute la scène — c'est pourquoi, plus d'un siècle plus tard, nous pouvons encore la voir se produire.
La cascade devenue légende
Considéré comme un acte de fierté pour les aviateurs français en temps de guerre, le vol de Godefroy échappa en grande partie à toute sanction et entra dans la légende. Il a inspiré de nombreux imitateurs et une foule de casse-cou en herbe depuis lors – même si, à l'ère du contrôle aérien et de l'interception instantanée, personne ne le reproduira jamais.
Le vol de Godefroy appartient à un bref âge d'or insouciant où un pilote habile et obstiné pouvait prouver quelque chose simplement en pointant son avion vers l'impossible — et en le traversant.
Sources : Images d’actualités françaises contemporaines (archives Gaumont/Pathé) ; Musée de l'Air et de l'Espace.
Questions connexes
Qui a volé sous l'Arc de Triomphe ?
Le 7 août 1919, le pilote français Charles Godefroy a fait voler un biplan de chasse Nieuport sous l'Arc de Triomphe à Paris. Cet exploit audacieux a été filmé et reste l'un des actes de voltige aérienne les plus célèbres de l'histoire.
Pourquoi Godefroy a-t-il volé sous l'Arc de Triomphe ?
C'était un acte de protestation. Après la Première Guerre mondiale, les aviateurs français auraient reçu l'ordre de défiler à pied lors du défilé de la victoire de 1919 au lieu de survoler la ville – une insulte pour ces aviateurs qui estimaient avoir mérité de voler. Leur passage sous l'Arc de Triomphe était une réponse provocatrice.
À quel point cette cascade était-elle dangereuse ?
Extrêmement. L'ouverture de l'arche ne mesure qu'environ 14 mètres de large et 29 mètres de haut — une cible minuscule pour un biplan à grande envergure. Une erreur d'appréciation, même brève, aurait pu entraîner la collision à grande vitesse avec l'un des monuments les plus sacrés de France. Un autre pilote, Jean Navarre, avait trouvé la mort quelques semaines auparavant en s'entraînant à une manœuvre similaire.
Godefroy a-t-il été puni ?
Les récits divergent, mais comme le vol fut perçu comme un acte de fierté pour les aviateurs français en temps de guerre — et qu'il enthousiasmea le public —, Godefroy échappa en grande partie à de graves conséquences. La cascade filmée fit de lui un héros populaire des débuts de l'aviation.
Peut-on survoler l'Arc de Triomphe aujourd'hui ?
Absolument pas. Ce serait illégal, extrêmement dangereux et impossible à tenter sans être immédiatement intercepté. Le vol de Godefroy appartient à un bref âge d'or de l'aviation, une époque d'anarchie révolue que les réglementations modernes et le contrôle de l'espace aérien ont définitivement révolue.




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