Il n'était ni rapide, ni élégant, ni performant en combat aérien. Pendant trente ans, lorsque le temps se gâtait et que la cible restait dissimulée sous les nuages et l'obscurité qui clouaient tout autre appareil au sol, l'US Navy envoyait le Grumman A-6 Intruder. Subsonique, au nez court et aux flancs plats, l'Intruder était l'avion capable de repérer une cible même dans la nuit la plus noire, de la bombarder et de rentrer à sa base sans jamais avoir touché le sol.
Les pilotes l'adoraient justement parce qu'elle était laide et authentique. Un ancien membre d'équipage d'Intruder a mieux résumé l'esthétique de la flotte que n'importe quelle fiche technique.
| Aéronef | Grumman A-6 Intruder |
| Rôle | Attaque de porte-avions tous temps |
| Équipage | 2 — pilote + bombardier/navigateur, côte à côte |
| Premier vol | 19 avril 1960 |
| Service | Marine américaine 1963 – 1997 |
| Remplacé par | F/A-18 Super Hornet |
Un camion construit autour d'un ordinateur
Lorsque Grumman remporta en 1956 un appel d'offres de la Marine américaine pour un avion d'attaque à long rayon d'action et tous temps, la firme fit preuve d'originalité : elle conçut l'appareil autour de son électronique. Le cœur de l'Intruder était DIANE (Digital Integrated Attack Navigation Equipment), un système qui affichait le terrain et la cible sur un écran, permettant ainsi à l'équipage de frapper même en l'absence totale de visibilité. Le pilote et son bombardier-navigateur étaient assis côte à côte, suffisamment proches pour échanger un regard dans l'obscurité.
Entré en service en 1963, il fut le premier bombardier d'attaque véritablement tous temps de l'histoire. Lent et dépourvu de canon, il n'en avait cure. Sa mission : transporter jusqu'à neuf tonnes de munitions sur de longues distances, de nuit et par tous les temps, et les larguer avec précision. Aucun autre appareil de la flotte n'en était capable.

Le Vietnam et la longue guerre
Au-dessus du Vietnam, l'Intruder devint à la fois indispensable et vulnérable. Il accomplissait des missions qu'aucun autre appareil ne pouvait mener à bien, et ce, à basse altitude, au cœur même des défenses aériennes les plus redoutables au monde. Dans la nuit du 30 octobre 1967, un Intruder, piloté par Charles Hunter et Lyle Bull, brava une volée de dix missiles sol-air pour frapper les quais des ferries d'Hanoï à hauteur de toit. Tous deux furent décorés de la Navy Cross. Quatre-vingt-quatre Intruder ne revinrent pas de cette guerre.
La cellule s'est avérée d'une adaptabilité sans bornes. Le KA-6D l'a transformée en avion ravitailleur embarqué, en remorquant un tuyau pour ravitailler les appareils assoiffés. F-14 Tomcats. L'EA-6A, avion de guerre électronique, a évolué pour devenir l'EA-6B Prowler, un appareil quadriplace qui a servi de brouilleur à la Marine pendant quatre décennies. Ce camion bombardier a donné naissance à une véritable dynastie.

La dernière croisière
Lors de l'opération Tempête du désert, l'Intruder a effectué plus de 4 700 sorties de combat, traquant chars, navires et ponts de jour comme de nuit. Mais son successeur prévu, le furtif A-12 Avenger II, a été abandonné en raison de dépassements de coûts. Plutôt que de remplacer l'Intruder, la Marine l'a simplement retiré du service : les Marines en 1993, la Marine en 1997. Le rôle a ensuite été repris par… F/A-18 Super Hornet.
L'Intruder a acquis une seconde forme d'immortalité, plus étrange encore. Un ancien pilote d'A-6 nommé Stephen Coonts a transformé ses deux missions de combat en un roman., La fuite de l'intrus, Ce livre resta vingt-huit semaines sur la liste des best-sellers et fut adapté au cinéma. Le club de guerre était devenu un ouvrage de littérature.
Certains appareils mis hors service ont été démantelés et immergés au large des côtes de Floride, dans un récif artificiel baptisé Intruder Reef. Une fin appropriée pour cet avion à réaction, certes peu esthétique, mais indispensable : toujours en service, discrètement, à l'abri des regards.
Sources : Naval History and Heritage Command ; National Naval Aviation Museum ; The War Zone ; Stephen Coonts.




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