Par une douce nuit d'été 1915, les Londoniens levèrent les yeux de leurs rues plongées dans l'obscurité et entendirent un bruit inédit : le vrombissement régulier des moteurs surgissant des ténèbres, haut dans le ciel. Quelques instants plus tard, des bombes commencèrent à tomber d'une immense forme argentée qui planait à plus de 300 mètres au-dessus des toits. L'ère des bombardements aériens avait commencé, et elle commençait au-dessus des foyers des gens ordinaires.
Les armes utilisées étaient des zeppelins, des dirigeables rigides remplis d'hydrogène, plus longs qu'un terrain de football. Pour la première fois de l'histoire, une nation était bombardée non pas sur un champ de bataille, mais jusque dans ses propres chambres. C'était le véritable début d'une histoire qui s'étend de ces géants patauds à… Les chasseurs furtifs d'aujourd'hui.
Informations clés : Les raids de zeppelins
- Premier raid sur la Grande-Bretagne : 19 janvier 1915 (côte du Norfolk)
- Premier raid sur Londres : Nuit du 31 mai 1915 (Zeppelin LZ 38)
- Arme: Des dirigeables rigides remplis d'hydrogène, volant au-dessus de la portée des premiers chasseurs
- Tournant: SL 11 abattu au-dessus de Cuffley, les 2 et 3 septembre 1916
- Nombre total de morts en Grande-Bretagne : Plus de 500 victimes de raids de dirigeables
- Importance: Le premier bombardement stratégique soutenu des villes
La mort venue du ciel nocturne
Le premier raid aérien allemand sur la Grande-Bretagne eut lieu le 19 janvier 1915 au large des côtes du Norfolk. Ce fut au tour de Londres dans la nuit du 31 mai, lorsque le Zeppelin LZ 38 largua environ 1 360 kg de bombes sur Stoke Newington, Stepney et Leytonstone, tuant sept personnes. Les défenseurs étaient pratiquement impuissants. Les dirigeables volaient plus haut que n'importe quel avion britannique et, dans l'obscurité, ils étaient quasiment indétectables.
Pour le commandement allemand, terroriser les civils était l'objectif. La population effrayée, selon cette théorie, ferait pression sur son gouvernement pour qu'il mette fin à la guerre. Le commandant de la division des dirigeables de la marine allemande, Peter Strasser, a exposé cette logique de façon glaçante.

Les chasseurs rattrapent leur retard
Pendant plus d'un an, les dirigeables semblèrent intouchables, et les Londoniens surnommèrent leurs équipages “ tueurs d'enfants ”. Ce qui finit par les vaincre fut la chimie : de nouvelles munitions incendiaires et explosives capables d'enflammer l'hydrogène qui maintenait un Zeppelin en l'air. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1916, le lieutenant William Leefe Robinson du Royal Flying Corps prit pour cible le dirigeable SL 11, un Schütte-Lanz à structure en bois que le public assimilait aux Zeppelins, au-dessus de Cuffley, juste au nord de Londres.
En mitraillant le dirigeable, Robinson le vit s'illuminer, puis exploser en une gerbe de flammes qui embrasa le ciel à des kilomètres à la ronde. Il s'écrasa au sol sous les yeux de la capitale, et ses seize membres d'équipage périrent. La foule, massée aux fenêtres, exulta. Robinson reçut la Croix de Victoria et, dans les mois qui suivirent, ses tactiques éprouvées permirent d'abattre cinq autres dirigeables.

Le premier Blitz
Durant la guerre, les dirigeables allemands menèrent une cinquantaine de raids sur la Grande-Bretagne, faisant plus de 500 morts et plus d'un millier de blessés. Les dégâts matériels furent modestes au regard des normes ultérieures, mais le choc psychologique fut profond et contraignit la Grande-Bretagne à concevoir un système entièrement nouveau : un réseau organisé de défense aérienne intérieure, composé de canons, de projecteurs et de chasseurs de nuit. Ce système fut l'ancêtre direct de celui qui allait sauver le pays en 1940.
En 1917, les dirigeables vulnérables cédèrent la place aux bombardiers Gotha et Giant, et le bref règne de terreur des Zeppelins prit fin. Mais ces géants aussi maladroits que magnifiques avaient déjà changé la guerre à jamais. Ils marquèrent le moment où le ciel lui-même devint un champ de bataille au-dessus des têtes des citoyens ordinaires.
Sources : Musée de la RAF, Musée de Londres, Encyclopédie de l’histoire mondiale, Musée impérial de la guerre.




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