La Puce Volante : L'avion fait maison qui a déclenché une folie mortelle

par | 30 août 2026 | Monde de l'aviation, Histoire et légendes | 0 commentaire

Au milieu des années 1930, le rêve d'un charpentier français a rendu l'aviation accessible à tous. La Puce volante d'Henri Mignet — la Pou-du-Ciel, ou “ Poux du ciel ” — était un minuscule avion en bois que n'importe qui pouvait construire dans un abri de jardin à partir d'un livre de plans, sans licence de pilote et, comme Mignet l'insistait gaiement, sans presque aucune compétence de pilotage.

Des milliers de personnes l'ont cru. En France, en Grande-Bretagne et ailleurs, des amateurs fabriquaient des drones de fortune avec de l'épicéa et du tissu et apprenaient à les piloter. C'était la folie des drones de l'époque : un véritable mouvement aéronautique populaire.

Les avions Flea commencèrent alors à piquer du nez, et personne à bord ne put les en sortir. Ce qui avait débuté comme une joyeuse démocratisation du vol se transforma, en quelques années seulement, en l'une des histoires les plus tragiques et édifiantes de l'aviation.

Informations clés

Designer: Henri Mignet (1893-1965), France
Premier vol (HM.14) : 10 septembre 1933
Projets : “ Le Sport de l'Air ”, publié en 1934 (traduction anglaise 1935)
Configuration: Aile en tandem/décalée, deux commandes (manche et palonnier), pas d'ailerons ; environ 17 ch
Dimensions (prototype) : Envergure : environ 5,9 m (19,5 pi), longueur : environ 3,5 m (11,5 pi), poids brut : environ 204 kg (450 lb)
Défaut fatal : Piqué irrécupérable ; restrictions au Royaume-Uni après l’accident de Penshurst, le 4 mai 1936

Une Ford T pour le ciel

Henri Mignet était un concepteur français autodidacte qui souhaitait créer un avion suffisamment simple pour que n'importe qui puisse le construire et le piloter. Après des années de prototypes, il effectua le premier vol de son HM.14 le 10 septembre 1933. En 1934, il publia… Le Sport de l'Air, Ce livre, qui fournissait des plans et des instructions complets permettant aux lecteurs de construire et de faire voler leur propre Flea sans l'aide d'un spécialiste, a été traduit en anglais en 1935 et a incité des centaines de personnes à travers le monde à se lancer dans la construction de ce modèle.

Le Flea était un appareil volontairement radical. Il s'agissait d'un avion à ailes en tandem doté de seulement deux commandes de vol : un manche et une gouverne de direction, sans ailerons ni palonnier. Le manche permettait de faire pivoter l'aile avant pour contrôler le tangage, tandis que la grande gouverne de direction servait à effectuer les virages.

Construire un Pou du Ciel dans un jardin
Le principe du Flea : un avion que l’on peut construire soi-même dans son jardin. Photo : Wikimedia Commons.

La folie

Ce petit avion a immédiatement conquis le cœur du public. En 1936, on estimait son coût de construction à environ 75 £ et quelque cinq cents Fleas étaient en production rien qu'en Grande-Bretagne. Le prototype original de Mignet était propulsé par un modeste moteur de moto de 17 chevaux, mesurait environ 6 mètres d'envergure et pesait environ 204 kg. C'était, à tous égards, un véritable avion populaire.

L'attrait résidait dans la liberté : la construire soi-même, à son propre rythme, et prendre son envol. Pendant un bref instant, la Flea a semblé incarner l'avenir de l'aviation amateur.

“ Tous les composants fonctionnaient, mais pas ensemble. ”
Henri Mignet — sur son premier projet HM.2 (d'après Pontois, “ Biographie d'Henri Mignet ”)

La plongée sans récupération

Puis vinrent les accidents. Dans certaines conditions, le Flea pouvait amorcer un piqué léger dont aucune manœuvre, même au mieux, ne pouvait le redresser. La cause ? Une interaction fatale entre les deux ailes très rapprochées : lorsque l’aile avant atteignait un angle important, le flux d’air dévié s’accélérait sur l’aile arrière, augmentant brusquement sa portance et faisant piquer du nez l’appareil. L’instinct du pilote, qui le poussait à cabrer, ne faisait qu’empirer les choses.

Comme Mignet avait testé son prototype avec un moteur de faible puissance, il n'a jamais rencontré le problème ; celui-ci n'est apparu que lorsque les constructeurs ont installé des moteurs plus puissants. En Grande-Bretagne, des restrictions ont été imposées suite à un accident mortel survenu à l'aérodrome de Penshurst, dans le Kent, le 4 mai 1936. Des essais en soufflerie au Royal Aircraft Establishment et en France ont ensuite permis de mettre en évidence le défaut.

Un Mignet HM.14 Flying Flea G-AEBB de 1936 ayant survécu
Un HM.14 de 1936 ayant survécu à la mode des voitures miniatures. Photo : Wikimedia Commons.
“ Quiconque est capable d’assembler une caisse d’emballage peut construire mon avion. ”
Henri Mignet — Le créateur de la Puce Volante, expliquant à quel point son avion était simple à construire

Racheté, trop tard

Des modifications apportées au profil de l'aile et à l'écartement des ailes ont permis de résoudre le problème, et les modèles Mignet ultérieurs ont volé en toute sécurité ; la configuration de base a depuis fait ses preuves sur des centaines d'avions de construction amateur et d'ULM. Mais la vague de mauvaise publicité avait fait son œuvre.

La Puce ne se débarrassa jamais complètement de sa réputation dangereuse, et la mode s'éteignit aussi vite qu'elle était apparue. Pourtant, le véritable héritage de Mignet perdura : l'idée que voler n'était pas réservé aux riches ni aux professionnels, qu'une personne ordinaire, avec des projets et de la patience, pouvait construire des ailes dans un abri de jardin et voler.

Sources : Wikipédia ; Musée national de l'air et de l'espace Smithsonian ; Musée de l'air de Newark ; Musée de la RAF ; EAA ; Archives du magazine “ Flight ” (1936).

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