La Corée du Sud a construit son propre avion de chasse furtif. Elle souhaite désormais le doter d'un missile air-air à longue portée. Le 12 août, Korea Aerospace Industries (KAI) et Hyundai Rotem ont signé un protocole d'accord au siège de KAI à Sacheon pour développer conjointement un missile air-air à longue portée de conception nationale destiné au KF-21 Boramae – une arme visant directement à concurrencer le missile européen MBDA Meteor.
Le cahier des charges est précis : un missile à statoréacteur à propergol solide caréné atteignant une portée d’environ 200 kilomètres et une vitesse terminale proche de Mach 4, doté, selon ses concepteurs, d’un autodirecteur radar AESA dont le Meteor est dépourvu. Si le projet aboutit, Séoul rejoindrait le cercle très restreint des nations capables de construire un missile à longue portée propulsé par statoréacteur.
• Signé : Protocole d'accord, KAI + Hyundai Rotem, Sacheon, 12 août 2026
• But: missile air-air à longue portée (LRAAM) de conception nationale pour le KF-21 Boramae
• Propulsion: statoréacteur à propergol solide caréné (à vitesse élevée soutenue et à poussée variable)
• Performance cible : Portée d'environ 200 km, vitesse terminale d'environ Mach 4, autodirecteur AESA
• Référence : MBDA Meteor (missile BVR européen à statoréacteur)
• Programme: dans le cadre du programme LRAAM de l'Agence pour le développement de la défense, 2026-2033
• Statut: Protocole d'entente/offre de partenariat — et non contrat attribué
Pourquoi un statoréacteur et pas une fusée ?
La plupart des missiles air-air sont propulsés par une fusée : ils fonctionnent à pleine puissance pendant quelques secondes, puis poursuivent leur course. Lorsqu'ils atteignent une cible éloignée, leur vitesse diminue et leur “ zone d'interception ” – l'espace au-delà duquel une cible ne peut échapper au tir – se réduit. Un statoréacteur à combustion carénée, quant à lui, continue de fonctionner. Il aspire l'air et maintient la poussée tout au long du vol, de sorte que le missile continue d'accélérer alors qu'un moteur-fusée serait à l'arrêt.
C'est la raison d'être du Meteor, et c'est ce que la Corée cherche à égaler. Sa conception est véritablement complexe, ce qui explique pourquoi si peu de pays ont déployé un missile BVR à statoréacteur. La difficulté réside dans la coordination de l'entrée d'air, du générateur de gaz à poussée variable et du système de guidage, bien plus complexe que les arguments marketing.

Le motif d'indépendance
La logique stratégique est simple. Le KF-21 a été conçu pour emporter le missile Meteor, mais le recours à un missile étranger rend Séoul dépendant des chaînes d'approvisionnement européennes et des autorisations d'exportation – une situation délicate pour un pays qui souhaite vendre le KF-21 à l'étranger comme un ensemble complet et souverain. Un missile air-air à longue portée (LRAAM) de conception nationale supprime cette dépendance et facilite l'exportation du chasseur sans l'intervention d'un tiers.
Une offre, pas encore une transaction conclue.
Important : ce protocole d’accord n’entraîne aucune attribution de contrat. Le programme de missiles à longue portée de la Corée du Sud est piloté par l’Agence pour le développement de la défense (ADD) et s’étend de 2026 à 2033. Le partenariat KAI-Hyundai Rotem est l’un des trois groupements industriels, au moins, qui cherchent à obtenir un rôle dans ce programme ; LIG Nex1 et d’autres entreprises proposent également des solutions concurrentes. Le protocole d’accord signé à Sacheon formalise une intention de conjuguer leurs efforts et de soumettre une offre, et non un programme de production.
L’orientation est néanmoins sans équivoque. Ayant prouvé sa capacité à concevoir un avion de chasse moderne, la Corée du Sud entend désormais l’armer de ses propres armes et ne plus avoir à demander l’autorisation à quiconque pour commercialiser le résultat.
Sources : The Korea Times ; Aerotime ; Airforce Technology ; Defence Security Asia ; Seoul Economic Daily.




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