Le 17 mai 1935, l'homme qui écrirait plus tard Le Petit Prince Antoine de Saint-Exupéry, en reportage pour un journal français à Moscou, fut le seul étranger autorisé à monter à bord du Tupolev ANT-20 “ Maxim Gorki ”, un colosse volant à huit moteurs dont l'envergure était comparable à celle d'un jumbo jet moderne. Il s'en émerveilla, puis s'envola sain et sauf.
Vingt-quatre heures plus tard, le Maxim Gorky n'était plus qu'un champ de débris fumants dans la banlieue de Moscou, abattu non pas par l'ennemi ou une tempête, mais par un simple frimeur aux commandes d'un petit chasseur.
Informations clés
- Aéronef: Tupolev ANT-20 “ Maxim Gorki ”
- Fait d'armes : le plus grand avion du monde au milieu des années 1930
- Taille: huit moteurs, une envergure d'environ 63 m — proche de celle d'un Boeing 747
- Rôle: vaisseau amiral d'une escadrille de propagande aérienne soviétique
- Premier vol : 19 mai 1934 ; conçu par Andrei Tupolev
- Accident: Le 18 mai 1935, après qu'un avion de chasse l'ait heurté au-dessus de Moscou
- Mort: environ 45 personnes, dont des travailleurs de l'aéronautique et leurs familles
Un monument volant à la puissance soviétique
L'ANT-20 était conçu pour impressionner. Imaginé par Andreï Tupolev et baptisé en hommage à l'écrivain Maxime Gorki, il était le fleuron d'une escadrille de propagande qui sillonnait l'Union soviétique pour vanter les mérites du communisme. Huit moteurs – six le long du bord d'attaque de l'aile et deux autres regroupés dans une nacelle au-dessus du fuselage – propulsaient un appareil si imposant que les passagers pouvaient circuler à l'intérieur des ailes.
À l'intérieur se trouvaient une presse à imprimer, un laboratoire photographique, un projecteur de films et un puissant système de radio et de haut-parleurs surnommé la “ Voix du Ciel ”, capable de diffuser musique et slogans sur la foule en contrebas. C'était moins un avion qu'un instrument de l'État doté de ses ailes.
Le dernier regard de Saint-Exupéry
Le vol de Saint-Exupéry était une démonstration réservée à quelques privilégiés, et il l'a décrit avec le regard d'un pilote : la facilité avec laquelle le monstre de 42 tonnes s'est envolé, l'étrange confort de ses salons. Son article a été publié dans Paris-Soir le 20 mai. Au moment où les lecteurs l'ont découvert, l'avion qu'il décrivait n'existait plus.

Le troisième tour du hooligan
Le 18 mai 1935, le Maxim Gorki décolla à nouveau au-dessus de Moscou, escorté cette fois par deux petits avions dont la seule mission était de voler à ses côtés et de rendre le géant encore plus imposant vu du sol. L'un des pilotes d'escorte, Nikolaï Blaguine, aux commandes d'un agile biplan Polikarpov I-5, décida d'agrémenter le spectacle en effectuant une boucle autour de l'énorme machine.
Il s'en tira à deux reprises. Au troisième tour, il perdit de la vitesse au sommet, chuta et percuta l'aile du Maxim Gorky. Le géant se disloqua et s'écrasa contre un campement de datchas à peine quinze secondes plus tard. Tous les passagers et membres d'équipage du Maxim Gorky périrent, ainsi que Blagin – environ 45 personnes au total, parmi lesquelles des ouvriers de l'aéronautique et leurs enfants qui avaient bénéficié de ce vol en récompense.
Reconstruit, puis perdu à nouveau
Dans l'atmosphère pesante de l'époque, la catastrophe donna lieu à une campagne de levée de fonds : des sommes furent collectées pour construire une flotte de nouveaux géants. Finalement, un seul véritable successeur vit le jour, l'ANT-20bis, qui effectua ses premiers vols à la fin des années 1930 et transporta des passagers pour Aeroflot. Lui aussi connut une fin tragique : en décembre 1942, un passager, autorisé à entrer dans le cockpit, actionna accidentellement une commande, tuant tous les occupants.

Aujourd'hui, le plus gros avion de son époque ne subsiste que sous la forme d'un morceau de métal tordu dans un musée de quartier et sur quelques timbres-poste soviétiques — un monument abattu non par la guerre, mais par un homme qui n'a pas pu résister à la tentation de frimer.
Sources : Wikipédia ; Russia Beyond ; Vintage Aviation News ; Antoine de Saint-Exupéry, “ La fin tragique du Maxime-Gorki ” (Paris-Soir, 1935) ; Ce jour-là dans l'aviation.
Articles similaires




0 commentaire