Il était, de l'avis général, l'un des plus beaux avions de chasse jamais construits, et l'un des plus aboutis. Plus grand, plus rapide et avec une plus grande autonomie que le Mirage 2000 il a grandi à partir de, le Dassault Mirage 4000 Il s'agissait pour la France de construire un véritable poids lourd, un chasseur de supériorité aérienne bimoteur capable de rivaliser avec l'Américain. F-15 Eagle, ne devant rien à Washington ni à Moscou. Il a connu un succès fulgurant. Il n'en a vendu aucun exemplaire.
La société de Marcel Dassault finança l'avion elle-même, misant sur le fait que son excellence attirerait d'abord les acheteurs. Le pari fut un échec, et le plus beau chasseur français de sa génération finit ses jours comme pièce de musée. Pourtant, son histoire ne s'arrête pas là, car presque tout ce que le 4000 a appris à Dassault fut mis à profit, quelques années plus tard, dans le… Rafale.
Informations clés
| Aéronef | Dassault Mirage 4000 (Super Mirage 4000) |
| Taper | Prototype monoplace bimoteur de supériorité aérienne |
| Premier vol | 9 mars 1979 |
| Moteurs | Deux turboréacteurs SNECMA M53 |
| vitesse maximale | Aux alentours de Mach 2,2 |
| Construit | Un prototype |
| Vols d'essai | 336, le dernier en janvier 1988 |
| Financement | Entreprise privée, financée par Dassault |
| Maintenant | Conservé au Musée de l'Air et de l'Espace, Le Bourget |
Un pari payé en privé
À la fin des années 1970, Dassault tenait un appareil performant : le Mirage 2000, un monomoteur compact. Mais les ingénieurs de la firme aspiraient à un avion plus imposant, un chasseur doté d'une autonomie, d'un radar et d'une capacité d'emport suffisants pour rivaliser avec le F-15. L'Armée de l'Air française n'en avait pas fait la demande. Plutôt que d'attendre, Dassault décida de le construire malgré tout, finançant l'intégralité du projet sur fonds propres et misant sur le fait que ses performances engendreraient naturellement la demande.
Le prototype effectua son premier vol le 9 mars 1979. Il conservait la silhouette delta caractéristique de Dassault, mais tous ses éléments avaient été agrandis : un fuselage plus large, deux turboréacteurs SNECMA M53 remplaçant le moteur unique du modèle 2000, et de petits plans canards près des entrées d’air qui amélioraient sa maniabilité et lui conféraient une allure robuste et déterminée. L’utilisation intensive de matériaux composites permit de limiter son poids. Lors des essais, il démontra d’excellentes performances en montée, une grande capacité de vol à haute altitude et la capacité d’emporter le carburant et l’armement d’un véritable chasseur à long rayon d’action.
À Farnborough et au Bourget, les spectateurs ont pu admirer un jet qui surpassait nettement la plupart des appareils en vol en termes de virages, de montée et d'autonomie. Le problème n'a jamais résidé dans l'avion lui-même.

Un poids lourd que personne n'achèterait
Dassault a activement promu le F-4000 sur le marché de l'exportation, notamment auprès des riches forces aériennes du Golfe, où un intercepteur imposant et performant était un choix évident. Mais les clients courtisés par Dassault, l'Arabie saoudite en tête, ont préféré investir ailleurs, dans les F-15 américains et, plus tard, dans les F-15 européens. Panavia Tornade. Sans client de lancement, et avec l'État français engagé sur le Mirage 2000, moins cher, le compte n'a jamais été bon.
Au début des années 1980, l'avenir du projet était scellé. Dassault mit fin au programme, bien que l'unique prototype continuât à effectuer des vols d'essai et de recherche pendant des années. Il réalisa au total 336 vols, le dernier en janvier 1988, avant d'être discrètement retiré du service.
Le chasseur qui est devenu le Rafale
Voici l'élément qui sauve le Mirage 4000 de l'oubli. Lorsque la France s'est finalement engagée dans le développement d'un chasseur de nouvelle génération dans les années 1980, le démonstrateur construit, l'ACX qui allait devenir le Rafale, s'est directement inspiré des précieux enseignements tirés du 4000 en matière d'aérodynamique, de matériaux composites, de configuration canard-delta et de bimoteur. Ce poids lourd, resté invendu, a discrètement donné naissance au chasseur qui opère aujourd'hui depuis les porte-avions français et qui a remporté des commandes à l'export dans le monde entier.

L'unique Mirage 4000 subsiste aujourd'hui au Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, toujours aussi impressionnant, toujours aussi futuriste. Le voir voler dans des images d'époque rend ce gaspillage presque criminel.
Il est tentant de qualifier le Mirage 4000 d'échec. Il est plus juste de le considérer comme un chasseur né une décennie trop tôt, sur un marché qui ne lui laissait aucune place, dont le véritable succès s'est mesuré non pas aux ventes, mais à l'avion qu'il a rendu possible. Une machine magnifique, aux performances de vol exceptionnelles, exactement comme Marcel Dassault l'aurait souhaité, et qui malgré tout a échoué.
Sources : Vintage Aviation News ; Dassault Aviation ; The National Interest ; Wikipédia. Citation de Marcel Dassault largement documentée.




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