Le Swift : un record battu, un échec de chasseur

by | 29 juillet 2026 | Histoire et légendes, Aviation militaire | 0 comments

Durant quelques jours à l'automne 1953, l'avion le plus rapide du monde était britannique : le Supermarine Swift. Ce même appareil devint ensuite l'un des chasseurs les plus embarrassants jamais acquis par la Royal Air Force. Le Swift est un de ces rares avions à réaction à avoir établi un record du monde et connu un échec retentissant, quasiment simultanément.

Elle provenait de Supermarine, la société qui avait fourni à la Grande-Bretagne le Spitfire. Les attentes étaient immenses. Ce qui est arrivé fut une mise en garde contre la mise en service précipitée d'un avion de chasse avant qu'il ne soit prêt.

Informations clés

  • Fabricant: Supermarine (Vickers-Armstrong) — la société qui a construit le Spitfire
  • Premier vol : Prototype de type 541, 1er août 1951
  • Moteur: turboréacteur Rolls-Royce Avon
  • Record du monde de vitesse aérienne : 735,7 mph, 26 septembre 1953, Mike Lithgow, au-dessus de la Libye
  • Carrière de combattant : En service dans la RAF à partir de 1954 ; retiré du service comme intercepteur en 1955
  • Seconde vie : FR.Mk 5 reconnaissance à basse altitude dans la RAF Allemagne
  • Construit / mis hors service : Environ 197 exemplaires construits (sur 497 commandés) ; les Swift de reconnaissance ont été retirés du service en 1961.

Recordman

Le 26 septembre 1953, le pilote d'essai Mike Lithgow propulsa un Swift F.4 à 1 185 km/h (735,7 mph) au-dessus de la Libye, s'emparant ainsi du record absolu de vitesse dans le monde. Ce fut un véritable triomphe : le dernier avion de série britannique à détenir ce record absolu. Pour une nation inquiète de l'avènement des avions à réaction, ce fut un moment de grande fierté.

Un Supermarine Swift FR.5 préservé
Un Supermarine Swift FR.5, la version de reconnaissance à long nez qui a enfin donné une utilité à ce type d'appareil. Photo : Wikimedia Commons.

...et échec du chasseur

Derrière ce record se cachait un avion aux prises avec des problèmes. Le Swift avait été commandé " dès sa conception " en 1950, par précaution, au cas où le concurrent Chasseur de faucons Il rencontra des difficultés. Son fuselage massif, conçu pour un moteur plus ancien, présentait des problèmes de maniabilité importants : une dangereuse tendance au cabrage, des canons sujets aux enrayages et une postcombustion qui ne se rallumait pas en haute altitude. Il était tout simplement incapable de combattre efficacement au-dessus de 12 000 mètres environ.

“ Des difficultés aérodynamiques ont été rencontrées, et il n’est pas possible d’affirmer avec certitude qu’elles pourront être surmontées dans la version en cours de développement. ”
Sir George Ward — Le sous-secrétaire d'État britannique à l'Air, au Parlement (via Derek Wood, " Projet annulé ")

Après des accidents mortels en 1954, les premières versions de chasse furent clouées au sol, et toute l'affaire dégénéra en un scandale public retentissant, révélant des millions de livres sterling dépensées. Dès 1955, la carrière du Swift comme intercepteur prit fin, et le Hunter – l'appareil qu'il était censé épauler – prit sa place.

“ Il n'était pas très apprécié... principalement parce que le canon de 30 mm était sujet à de nombreux incidents techniques lors du tir. En résumé, c'était une plateforme d'artillerie médiocre. ”
Alan Mudge — Souvenirs d'un ancien armurier de la RAF (Thunder & Lightnings)
Un Hawker Hunter de la RAF
Le Hawker Hunter — le rival qui a pris le relais du Swift dans le rôle de chasseur qu'il ne pouvait assumer. Photo : Wikimedia Commons.

Rachat à un niveau bas

L'histoire se termine plus heureusement qu'elle ne le mérite. Grâce à sa cellule robuste, le Swift excellait au vol à basse altitude. La RAF le transforma donc en FR.Mk 5, un avion de reconnaissance tactique sillonnant les plaines allemandes à la cime des arbres. Dans ce rôle, il remporta même des concours de reconnaissance de l'OTAN en 1957 et 1959. Retiré du service en 1961, le Swift reste dans les mémoires comme le chasseur qui n'a jamais réussi, mais aussi comme le détenteur de records qui a brièvement fait de la Grande-Bretagne la nation la plus rapide du ciel.

Sources : Wikipédia ; Thunder & Lightnings (Damien Burke) ; Derek Wood, " Project Cancelled " ; British Pathé.

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