L’après-midi du 24 mai 1988, un Boeing 737-300 quasi neuf se faufilait entre les cellules orageuses à l’approche de La Nouvelle-Orléans. Aux commandes, le commandant Carlos Dárdano, âgé de vingt-neuf ans, pilotait avec un œil, l’autre ayant été perdu sous les balles dans son pays natal ravagé par la guerre.
L'impensable se produisit alors deux fois de suite. Des pluies torrentielles et de la grêle étouffèrent les flammes des deux moteurs qui tournaient au ralenti pour la descente. La poussée cessa, le cockpit s'obscurcit et un avion de ligne rempli de passagers se transforma en un planeur de soixante tonnes au-dessus des marais à l'est de la ville.
Aucune piste n'était accessible. Ce qui suivit fut l'un des sauvetages les plus improbables de l'histoire de l'aviation — et un dénouement plus étrange encore que l'incident lui-même.
Informations clés
| Date | 24 mai 1988 |
| Aéronef | Boeing 737-300 (N75356), âgé de seulement quelques mois |
| Opérateur | TACA International, à destination de la Nouvelle-Orléans |
| Ce qui s'est passé | Les deux moteurs CFM56 se sont éteints sous une pluie battante et de la grêle à environ 5 000 mètres d'altitude. |
| Capitaine | Carlos Dárdano, 29 ans — qui a volé avec un seul œil |
| Atterrissage | Un atterrissage moteur coupé sur une digue herbeuse près du centre Michoud de la NASA |
| Victimes | Aucun – les 45 personnes à bord sont sorties indemnes. |
| Coda | De nouveaux moteurs ont été installés et le 737 a été dégagé de la digue. |
Dans un mur de pluie et de grêle
En descendant vers La Nouvelle-Orléans, l'équipage a repéré des orages sur le radar et a identifié une zone d'accalmie entre deux cellules orageuses intenses. Par précaution, ils ont activé l'allumage continu et le système antigivre des moteurs. Cependant, le radar peut masquer les phénomènes météorologiques les plus extrêmes : de fortes pluies peuvent absorber le signal et apparaître comme une ombre trompeusement claire.
L'écart n'en était pas un. Le 737 a bravé la pluie et la grêle dans des conditions bien plus extrêmes que celles auxquelles ses moteurs avaient été véritablement soumis jusqu'alors.

Les deux moteurs s'éteignent.
À environ 5 000 mètres d'altitude, les manettes des gaz au ralenti, les deux moteurs CFM56 s'éteignirent. L'équipage mit en marche le groupe auxiliaire de puissance pour rétablir les systèmes électriques et hydrauliques, puis tenta de rallumer les moteurs. Ces derniers s'allumèrent, mais restèrent bloqués au ralenti, et toute accélération des manettes des gaz ne fit qu'accroître la température et provoquer un incendie. Pour éviter cela, les pilotes coupèrent les deux moteurs et entamèrent un vol plané.
Le vol 110 a effectué un vol plané extraordinaire et un atterrissage sur la digue.
Une digue à la place de l'eau
Dárdano s'est d'abord aligné pour amerrir dans un canal, prolongeant sa descente tandis que le copilote vérifiait la liste de contrôle. L'équipage a ensuite repéré une digue herbeuse longeant le cours d'eau et l'a choisie. Utilisant un dérapage latéral pour réduire son altitude et sa vitesse, Dárdano a posé l'avion, moteur coupé, sur l'étroite berge de terre, sur le site du centre d'assemblage Michoud de la NASA.

Tout le monde s'en va
L'atterrissage s'est déroulé sans encombre. Le 737 s'est immobilisé avec seulement quelques dégâts mineurs dus à la grêle, les toboggans se sont déployés et les quarante-cinq personnes à bord ont pu sortir sans trop de difficultés. Un pilote envoyé survoler l'endroit où la cible radar avait disparu a découvert l'avion de ligne, miraculeusement stationné intact sur la digue.
Un segment de documentaire sur la double panne d'allumage.
Ils l'ont fait tomber de la digue
Le premier plan consistait à sortir l'avion par la barge après avoir retiré ses ailes. Finalement, Boeing a changé les moteurs sur place, a fait le plein avec un minimum de carburant, puis a fait décoller le 737 par une route construite sur une ancienne piste d'atterrissage datant de la guerre. L'appareil a ensuite repris du service et a volé pendant des décennies.
Cet incident évité de justesse a également bouleversé les normes : les enquêteurs ont constaté que les moteurs étaient conformes aux normes d’étanchéité à l’eau en vigueur à l’époque, mais que ces normes ne correspondaient pas à un véritable orage. De nouveaux modèles et, par la suite, une norme de certification entièrement nouvelle pour la pluie et la grêle ont été mis en place.
Images du 737 décollant de l'ancienne piste de Michoud.
Sources : Wikipédia (vol TACA 110) ; Leçons apprises de la FAA / NTSB (FTW88IA109) ; Peter Garrison, Air et espace (2006).




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