Quelque part dans le nord de la mer d'Arabie, un porte-avions nucléaire de 100 000 tonnes accomplit un exploit inédit pour un navire de guerre américain à l'ère moderne : il refuse tout simplement de s'arrêter. L'USS Abraham Lincoln a quitté San Diego avant Noël, n'a touché terre qu'une seule fois et est en mer depuis lors. À la mi-juillet, il naviguait sans interruption, sans la moindre escale, depuis plus de 210 jours.
Ce chiffre a discrètement dépassé le précédent record de 206 jours consécutifs en mer, établi par l'USS Dwight D. Eisenhower durant l'été 2020, marqué par la pandémie de COVID-19. Le Lincoln n'avait pas pour objectif de battre ce record. Il s'est retrouvé immobilisé dans une zone particulièrement exposée, et le temps a fait le reste.
Ce record témoigne autant de la pression exercée sur la flotte de porte-avions américaine que de l'endurance d'un équipage. Personne n'avait prévu un marathon de 200 jours. Ils le vivent pourtant.
Informations clés
- Bateau: USS Abraham Lincoln (CVN-72), super-porte-avions de classe Nimitz
- Rôle: Navire amiral, groupe aéronaval 3
- Port d'attache gauche : Base navale de San Diego, 21 novembre 2025
- Seule escale depuis : Guam, 11-12 décembre 2025
- Jours consécutifs en mer : 210+ (à la mi-juillet 2026)
- Record précédent : USS Dwight D. Eisenhower — 206 jours, 2020
- Opérations récentes : L'opération Epic Fury frappe l'Iran
Un quai en huit mois
Le porte-avions Lincoln a quitté la base navale de San Diego le 21 novembre 2025, cap sur le Pacifique Est et la mer de Chine méridionale. Il a fait une escale d'une journée à la base navale de Guam les 11 et 12 décembre – et ce fut la dernière fois que son équipage a foulé la terre ferme. Depuis, il n'y a plus que de l'acier, de l'eau salée et un pont d'envol.
Le plan changea alors. Au lieu d'une croisière dans le Pacifique, le groupe aéronaval fut redirigé vers l'ouest, au Moyen-Orient, où les États-Unis s'enfonçaient dans un conflit ouvert avec l'Iran. Un déploiement de routine devint une mission à durée indéterminée. Le retour au pays était sans cesse repoussé.
Le fer de lance d'Epic Fury
Lorsque les tirs ont commencé, le Lincoln était au cœur de l'action. Durant l'opération Epic Fury — la campagne d'environ 40 jours contre l'Iran — les destroyers du groupe aéronaval de l'escadron de destroyers 21 ont tiré des dizaines de missiles de croisière Tomahawk, tandis que l'escadrille aérienne embarquée du porte-avions a effectué des milliers de sorties et contribué à faire respecter le blocus naval.
Ce rythme effréné ne permet pas une escale tranquille à Dubaï ou à Jebel Ali. Le porte-avions était indispensable à son emplacement précis, et il y est donc resté, jour après jour.
Les images ci-dessus montrent les avions de chasse de Lincoln décollant de la mer d'Arabie — un rythme quotidien qui s'est poursuivi sans interruption pendant la majeure partie de l'année.
Ce que 200 jours font à un équipage
Environ 5 000 marins vivent et travaillent à bord d'un porte-avions de classe Nimitz. Huit mois sans permission à terre ne représentent pas pour eux une simple statistique : ce sont des anniversaires, des naissances et des funérailles manqués, et un horizon qui se fige. Les responsables de la Marine ont ouvertement reconnu l'impact psychologique de ces déploiements marathon, et la période d'immobilisation du Lincoln est devenue un cas d'école illustrant les limites de la résistance psychologique d'un équipage.
Avant les 206 jours de navigation de l'Eisenhower en 2020, le record moderne était détenu par l'USS Theodore Roosevelt, qui avait passé environ 160 jours en mer après le 11 septembre. Chaque record est né d'une crise, non d'une ambition, et chacun laisse une flotte un peu plus sollicitée qu'auparavant.
Un disque, et un avertissement
La Marine dispose d'un nombre limité de porte-avions et d'un nombre croissant de bases qui en requièrent un. Lorsqu'un seul navire doit assurer une relève pendant plus de 200 jours, c'est généralement parce qu'aucun autre navire ne peut prendre le relais. Le cap franchi par le Lincoln est un véritable exploit de navigation et d'endurance. C'est aussi un signal d'alarme important.
Pour l'instant, le pavillon du groupe aéronaval 3 flotte toujours sur la mer d'Arabie, les avions continuent de décoller et les jours s'accumulent. Lorsque le Lincoln rentrera enfin au port, il aura redéfini la durée de vie opérationnelle d'un porte-avions moderne. Son équipage échangerait sans doute chaque page de cette histoire contre une soirée paisible sur un quai.
Sources : USNI News ; La zone de guerre (TWZ) ; Étoiles et rayures ; Forbes ; Wikipédia.
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Je suis si fière de chacun d'eux, mais trop c'est trop. Ils sont en mer sans escale depuis bien trop longtemps. Trop c'est trop, ce ne sont pas des poissons, ils ont besoin de temps à terre. Cela ne peut qu'affecter leur santé mentale.
VEUILLEZ LES RENVOYER CHEZ EUX IMMÉDIATEMENT ! ILS ONT FAIT LEUR PART !
Thank you to every single crew member for their truly incredible service. As of today they have been at sea with no port call for 225 days continuously. As one sailor said on a news segment recently: “I have not set foot on land in 2026.” It is now time to bring them home.