Le Valiant : le premier bombardier V britannique, mis au rebut le plus rapidement

par | 7 juillet 2026 | Histoire et légendes, Aviation militaire | 0 commentaire

Un matin de mai 1957, au-dessus du Pacifique, près de l'île Christmas, un Vickers Valiant, immatriculé XD818, ouvrit sa soute à bombes et largua une charge qui, après une longue chute, embrasa le ciel d'un voile blanc. La Grande-Bretagne venait d'accéder à l'arme nucléaire – et c'est un Valiant qui en fut l'artisan. L'appareil responsable existe encore aujourd'hui, précieusement conservé dans un musée, rescapé d'une flotte disparue du jour au lendemain.

La Valiant est la moins prestigieuse des trois bombardiers V britanniques. C'est aussi celle qui a accompli le plus, et en premier.

FAITS RAPIDES

Aéronef Vickers Valiant — le premier bombardier V britannique
Premier vol 18 mai 1951
En service 1955 — le premier des trois bombardiers V
Moteurs Quatre turboréacteurs Rolls-Royce Avon
Réclamation A largué les premières bombes atomiques et à hydrogène britanniques.
Fin Cloué au sol en 1965 suite à des fissures de fatigue — rapidement mis au rebut

Premier de la file

Lorsque la Grande-Bretagne décida à la fin des années 1940 de se doter d'une force de bombardiers nucléaires à réaction, elle diversifia ses options en commandant trois modèles très différents. L'Avro Vulcan et le Handley Page Victor étaient des appareils novateurs et exotiques dont la mise au point prendrait des années. Le Vickers Valiant représentait le choix de la sécurité : un bombardier conventionnel à ailes en flèche, aux lignes épurées, qui pouvait être construit rapidement et mis en service pendant que les autres appareils atteignaient leur pleine maturité.

Il fonctionna exactement comme prévu. Le Valiant effectua son premier vol en 1951 et entra en service dans la RAF en 1955, devenant le premier bombardier V à être en alerte nucléaire. Pendant plusieurs années, la dissuasion britannique reposa sur ses quatre moteurs Rolls-Royce Avon.

Vickers Valiant XD818
Le Valiant XD818, l'avion qui a largué la première bombe H britannique, est conservé au musée de la RAF. (Wikimedia Commons)

Les bombes qu'il a lâchées

Le palmarès du Valiant est remarquable. En octobre 1956, il largua la première bombe atomique opérationnelle britannique lors d'un essai dans l'arrière-pays australien. Quelques mois plus tard, en 1957, le XD818 largua la première bombe à hydrogène du pays au-dessus du Pacifique. Entre-temps, pendant la crise de Suez en 1956, des Valiants effectuèrent de véritables missions de bombardement contre des bases aériennes égyptiennes, faisant d'eux le seul bombardier V à avoir largué des bombes en situation de combat jusqu'au célèbre raid des Malouines mené par le Vulcan un quart de siècle plus tard.

Une fin soudaine et indigne

Puis tout s'est effondré, au sens propre du terme. Les missiles sol-air soviétiques rendant les bombardements à haute altitude suicidaires, la RAF a contraint ses bombardiers à voler à basse altitude, où les turbulences denses et violentes mettent la structure de l'appareil à rude épreuve. Le Valiant n'avait jamais été conçu pour de telles conditions. En 1964, des inspecteurs ont découvert des fissures de fatigue dans les longerons des ailes, et des essais ont révélé que le problème affectait l'ensemble de la flotte. Plutôt que de financer la réparation d'appareils déjà dépassés par les Vulcan et Victor, la RAF a immobilisé la totalité de sa flotte de Valiant en 1965 et a envoyé la quasi-totalité d'entre eux à la casse.

Ce fut une fin brutale pour le bombardier qui avait propulsé la Grande-Bretagne dans l'ère nucléaire. Aujourd'hui, seul le XD818 subsiste : le largageur de bombes H, préservé pour la nation qu'il a jadis armée. Le Valiant n'a jamais été le plus beau ni le plus célèbre des bombardiers de classe V. Mais il fut le premier à arriver sur le terrain et à accomplir les missions les plus périlleuses avant même que les autres ne soient prêts.

Sources : Musée de la Royal Air Force ; Musée impérial de la guerre ; Histoire des essais nucléaires britanniques.

Questions connexes

Qu'était-ce que le Vickers Valiant ?

Le Vickers Valiant fut le premier des trois bombardiers V britanniques, entrant en service dans la RAF en 1955 pour transporter la nouvelle force de dissuasion nucléaire du pays. Bombardier à réaction quadrimoteur volant à haute altitude, il était le plus conventionnel des trois et le premier à être mis en service.

Qu'est-ce qui a conféré au Valiant une importance historique ?

Le Valiant a largué la première bombe atomique britannique lors de l'opération Buffalo en Australie en 1956 et sa première bombe à hydrogène lors de l'opération Grapple près de l'île Christmas en 1957. Il a également été le seul bombardier V à larguer des bombes au combat lors de la crise de Suez de 1956.

Pourquoi la Valiant a-t-elle été retirée du service si rapidement ?

Lorsque les bombardiers volant à haute altitude devinrent vulnérables aux missiles sol-air, le Valiant fut contraint de voler à basse altitude, un mode de vol pour lequel il n'avait jamais été conçu. Les contraintes subies provoquèrent des fissures dans les longerons de ses ailes, et en 1965, des signes de fatigue furent constatés sur l'ensemble de la flotte. La RAF immobilisa et mit au rebut la quasi-totalité des Valiant en quelques mois.

En quoi le Valiant était-il différent du Vulcan et du Victor ?

C'était le moins novateur. Là où l'Avro Vulcan arborait sa célèbre aile delta et le Handley Page Victor son aile en croissant, le Valiant utilisait une configuration à ailes en flèche assez classique. Cela permit une construction et une mise en service plus rapides, mais limita son potentiel d'évolution par rapport à ses homologues plus exotiques.

Y a-t-il des Valiants qui ont survécu ?

Un seul Valiant complet subsiste : le XD818, l’appareil qui largua la première bombe H britannique, aujourd’hui conservé au Musée de la Royal Air Force. La mise hors service brutale de la flotte en 1965 explique la quasi-disparition du premier bombardier nucléaire britannique.

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